Sandrine Aboubadra-Pauly, un regard éclairé sur les compétences de demain

4 janvier 2019
Par : Clustree

Sandrine Aboubadra-Pauly est économiste chez France Stratégie, le laboratoire d’idées public rattaché au Premier ministre. En charge de l’animation du Réseau Emplois Compétences, elle nous apporte un regard éclairé sur les compétences de demain.

A quelle vitesse se fait la transformation des métiers ?

Sandrine Aboubadra-Pauly : De manière générale, la transformation des métiers est progressive. Elle est le résultat de nombreux facteurs : adaptation aux évolutions du marché (concurrence, demande des consommateurs), évolution de l’organisation, introduction de nouvelles technologies. Mais pour certains métiers, on peut aussi observer de vraies ruptures de tendances : la croissance des métiers de secrétaire s’est inversée avec l’arrivée d’internet.

Aujourd’hui, les nouvelles technologies numériques pourraient transformer le contenu de certains métiers de façon assez rapide.

Quels sont les métiers les plus créateurs d’emplois dans l’avenir ?

Sandrine Aboubadra-Pauly : Nous avons réalisé une étude prospective en 2015 sur l’évolution des métiers à horizon 2022. Celle-ci montre que les métiers les plus qualifiés ont le vent en poupe : les ingénieurs, les positions d’encadrement, de recherche… même dans les secteurs qui perdent des emplois, comme l’agriculture par exemple, il devrait y avoir des créations d’emploi pour des métiers très qualifiés.

La tertiarisation des métiers va se poursuivre également, notamment ceux de l’aide et du soin à la personne. Ce sera d’ailleurs l’une des croissances les plus fortes. Les paramédicaux, les médecins, infirmiers et cadres de santé seront très demandés tout comme des positions moins qualifiées comme les aides à domicile ou les aides-soignants. Les métiers du numérique se développent aussi beaucoup car ils vont concerner tous les secteurs d’activités.

Quelles seront les compétences indispensables demain ?

Sandrine Aboubadra-Pauly : La tendance en faveur d’une hausse des qualifications est très nette. Cela signifie que les diplômes à partir du bac + 2 et + 3 vont être de plus en plus demandés. Les savoir-faire et compétences techniques seront de plus en plus pointus.

Les compétences transversales prennent également une place prépondérante dans les recrutements, tout comme les compétences comportementales : savoir travailler en équipe ou intégrer les codes propres à son environnement de travail. Ces compétences étant de plus en plus demandées par les employeurs, cela signifie pour les collaborateurs qu’ils doivent être en capacité d’identifier et signaler ces compétences transversales pour sécuriser leurs parcours professionnels.

Comment préparer les collaborateurs à la création de carrières de moins en moins linéaires ?

Sandrine Aboubadra-Pauly : L’enjeu est réellement d’être capable d’acquérir et de signaler les compétences tout au long de sa vie professionnelle. Ces compétences s’acquièrent par la formation mais dans de nombreuses autres situations : en poste, dans des activités associatives, sportives ou culturelles.

Est-ce difficile pour les salariés d’identifier leurs propres compétences ?

Sandrine Aboubadra-Pauly : Les référentiels de compétences actuels rendent parfois difficile l’auto-évaluation pour les salariés. Les individus les plus diplômés s’en sortent en général mieux que les autres mais pas les collaborateurs ayant passé de nombreuses années dans la même entreprise. « Quelles compétences ai-je acquis durant ma vie ? » est une question complexe. L’accompagnement est clé.

Comment les ressources humaines peuvent-elles accompagner ce changement ?

Sandrine Aboubadra-Pauly : Les RH pourraient travailler de manière très précise les compétences transversales et comportementales. Cela sous-entend d’analyser dans le détail les activités des salariés : quels critères permettent de dire qu’un collaborateur sait agir en situation d’urgence par exemple, ou avec empathie ?

Comment préparer les salariés (mais aussi sa stratégie RH) pour des métiers qui n’existent pas encore ?

Sandrine Aboubadra-Pauly : C’est tout l’enjeu de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Il faut que les RH soient impliquées très tôt dans les discussions stratégiques pour anticiper les changements impactants de leur entreprise. La direction et les ressources doivent réellement fonctionner en binôme.