Le recrutement en intérim, quelles évolutions ? Éclairage par Jean-Loup Wirotius.

28 mai 2019
Par : lucile

Entretien avec Jean-Loup Wirotius, Directeur Marketing et Communication chez Mister Temp’* qui nous apporte un éclairage sur les évolutions du recrutement en intérim.

 

Aujourd’hui, le domaine des Ressources Humaines est en pleine digitalisation. Cela touche t-il aussi le marché du recrutement en intérim ?

Jean-Loup Wirotius : Tout à fait, même si nous n’en sommes encore qu’au début. Le marché de l’intérim est traditionnellement constitué d’agences physiques locales où les candidats se rendent pour chercher du travail. Mais la digitalisation du secteur et les nouvelles attentes des entreprises et candidats poussent les acteurs à proposer une version digitale du recrutement en intérim. Nous avons sauté le pas il y a deux ans et c’est un succès, il y a une vraie demande. Aujourd’hui, tous nos appels d’offres présentent un volet digital.

 

Justement, quelles sont les nouvelles attentes des entreprises quand elles cherchent à recruter par intérim ?

Jean-Loup Wirotius : On pourrait penser que les industries les plus concernées par l’intérim (BTP, logistique, industrie) ne sont pas « digital friendly », mais dans les faits, force est de constater qu’elles commencent à prendre le virage.

Si elles veulent toujours recruter vite, elles veulent aussi de plus en plus du sur-mesure. Je m’explique. En fonction de leur besoin (le recrutement rapide d’une personne fiable pour un travail peu qualifié ou au contraire un recrutement stratégique), leurs attentes en termes de recrutement sont différentes. Elles attendent donc un processus de recrutement qui soit adapté à leur besoin. Et c’est là que le digital prend tout son sens. Il permet de proposer une nouvelle offre où tout est fait en ligne, et pour un coût entre 20 et 30% moins cher qu’une agence de recrutement classique.  

L’enjeu est donc de bien comprendre leur besoin en amont, pour leur proposer la meilleure offre.

 

Donc loin de « tuer » le recrutement intérim traditionnel en agence, le digital permet de faire cohabiter deux manières de faire ?

Jean-Loup Wirotius : Tout à fait. Le recrutement 100% digital d’un intérimaire en quelques clics, sans que l’entreprise et le candidat ne se soient rencontrés, n’est pas adapté à tous les types de recrutement. Il y en a pour lesquels rien ne peut remplacer une agence physique avec une très bonne connaissance du secteur, et un suivi des candidats tout le long.

Certains processus sont plus complexes. Le candidat va être amené à se rendre dans notre agence locale pour passer des tests fonctionnels, de langues, et rencontrer nos équipes. L’avenir de l’intérim passe par une approche multi-canal du recrutement en fonction du besoin exprimé.

 

Quelles sont donc aujourd’hui les caractéristiques de ce marché du recrutement en intérim ?

Jean-Loup Wirotius : Personnalisation, nous en avons parlé.

Digitalisation également. La technologie contribue à la personnalisation et permet de recruter plus rapidement et avec plus de pertinence les candidats.

Et cela va au-delà du recrutement rapide 100% digital. Les agences physiques bénéficient également des outils digitaux pour améliorer leurs process. La technologie permet à tous de proposer aussi bien le bon candidat à la bonne entreprise que le bon poste à la bonne personne.

Une autre notion qui me semble importante, c’est celle de l’humain. Il ne faut pas croire que l’introduction de la technologie se fait au détriment de l’humain. Au contraire, dans l’intérim, où les candidats et clients ont parfois l’impression d’être un numéro au milieu de milliers d’autres, la technologie nous permet de proposer une expérience améliorée du recrutement des deux côtés.

 

Et côté candidats, justement, ces évolutions se font-elles sans heurts ?

Jean-Loup Wirotius : Ce qui est très important côté candidat, c’est qu’ils veulent un minimum de contraintes, ou alors que ça en vaille la peine. Aujourd’hui, un candidat ne va pas se déplacer en agence simplement pour signer des papiers, surtout qu’en réalité, il n’a pas une mais plusieurs agences ! Ce serait trop fastidieux. En ce sens, la digitalisation permet de le soulager de ces tâches administratives.

Chez nous par exemple, ils ont la possibilité en quelques secondes de s’inscrire, déposer leur CV qui est scanné automatiquement, se connecter depuis leur téléphone, déposer directement leur pièce d’identité en la prenant en photo, nous laisser en ligne leurs anciens employeurs à contacter pour plus de références. En quelques minutes, ils sont inscrits, ce qui leur permet de recevoir des propositions de mission sans avoir à se déplacer.

Ils sont tout à fait conscients que certaines missions nécessiteront un processus de recrutement plus poussé, et qu’un ou plusieurs rendez-vous physique seront nécessaires.

 

Quelle est votre vision de l’évolution du marché du recrutement en intérim pour les années à venir ?

Jean-Loup Wirotius : Ce qui est sûr, c’est que le digital est amené à prendre de la place un peu partout et y compris au sein du business physique. Aujourd’hui, le marché de l’intérim représente 20 milliards d’euros, et l’intérim en ligne 150-200 millions d’euros. C’est à peine 1% du marché.

D’ici 3-4 ans, c’est très possible qu’on passe de 1 à 10%, notamment parce que les prix sont plus attractifs pour les entreprises, et la qualité de service est toute aussi bonne.

Pour ce qui est d’une évolution globale du marché, c’est plus compliqué. C’est très différent en fonction des pays, notamment à cause de l’impact du juridique et des frontières entre le statut de salarié et d‘auto-entrepreneur.

En France, la différence entre un freelance et un intérimaire est énorme. Aux US, la frontière est beaucoup plus floue.

 

*Mister Temp’ est une agence 100% digitale de recrutement intérim. Elle appartient au groupe Alphyr qui possède plusieurs franchises physiques d’intérim spécialisées dont le chiffre d’affaires a dépassé  les 124 millions d’euros en 2017.